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Etude de cas : un dispositif efficace pour aider la profession comptable à se transformer (1/2)

Par Philip Moore

20/03/2018

Imaginez que vous venez d'apprendre que 40 000 à 60 000 emplois vont disparaître dans votre profession : comment réagiriez-vous ? C'est ce qu'il risque d'arriver aux collaborateurs des cabinets d'expertise comptable, confrontés à l'automatisation croissante des tâches de production. Les plus touchés, comme d'habitude, seront les bac+2/3, chargés des missions traditionnelles qui n'ont pas évolué depuis des décennies.

Fatalité ? Non, car il existe des solutions. Pas de remplacer les collaborateurs par des geeks, mais de faire monter en compétence les employés d'aujourd'hui, pour sauver les emplois et permettre aux comptables de prendre leur avenir en main.

Former les comptables à de nouvelles activités pour une montée en compétences durable

Pour garder leur place, les collaborateurs de demain devront apporter une nouvelle valeur ajoutée à leurs clients. Au-delà de la saisie comptable, ils seront en mesure d'accompagner les dirigeants de TPE au quotidien dans la gestion de leur entreprise. C'est dans cette optique que l'ASFOREF, l'institut de formation de l'Ordre des Experts-Comptables Paris-Ile-de-France, a fait appel à Didask et au cabinet Pluriel Consultants pour concevoir e-coll, un parcours de formation exigeant de transformation de la profession comptable. L'objectif : la montée en compétence réelle et durable des collaborateurs.

Il n'y avait pas de temps à perdre. Lorsque des emplois sont en jeu, faire de la formation « classique » où l'on écoute un intervenant parler pendant une journée avant de retourner à son quotidien ne suffit pas. Il fallait obtenir des résultats d'apprentissage concrets, afin de véritablement changer les attitudes de travail.

Repenser le parcours de formation autour de l'efficacité pédagogique

Pour être efficace, ce parcours devait non seulement faire la part belle à la mise en pratique (voir notre article sur le testing effect), mais également espacer intelligemment les séances d'apprentissages. En effet, la recherche en sciences cognitives démontre que l'on retient mieux ce qu'on apprend lorsque les sessions de travail sont distribuées dans le temps que lorsqu'elles sont massées sur une seule journée (voir notre article sur le spacing effect).

Face à ce défi, l'option retenue a été de concevoir de A à Z un dispositif de formation hybride présentiel-distanciel, où des moments en ligne sur la plateforme Didask et des moments d'échanges en face-à-face seraient répartis dans le temps de la manière la plus pertinente.

Proposer un module en trois temps : distanciel, présentiel, puis retour vers le distanciel

Le parcours a d'abord été divisé en cinq modules de transformation progressive :
  • s'adapter au monde qui change ;
  • repenser la mission traditionnelle ;
  • décrypter l'activité et la performance de l'entreprise ;
  • analyser l'équilibre financier et la trésorerie de l'entreprise ;
  • accompagner le dirigeant dans la gestion de son entreprise.

Ensuite, trois grandes étapes ont été identifiées par thème, chacune avec des objectifs spécifiques :

Apprendre d'abord par l'exercice pour une journée de formation en présentiel plus fructueuse

Concrètement, les apprenants qui souhaitent s'inscrire à la formation sont répartis en groupes de 15 à 20 personnes. Chaque module coïncide avec une journée de présentiel. En amont de la journée de présentiel, les apprenants du groupe sont invités à suivre la carte correspondante sur Didask. Une carte se compose d'environ 8 compétences, soit 8 séances de travail par l'exercice d'environ 20 minutes chacune. Seuls les apprenants ayant validé l'intégralité de la carte sur Didask peuvent assister à la journée de présentiel. Pour s'assurer de l'engagement des participants, les apprenants sont relancés de façon personnalisée une semaine, 3 jours, et 24 heures avant le présentiel.

Ainsi, lorsque les apprenants arrivent en formation, ils comprennent déjà les notions de base. Cette maîtrise des enjeux est particulièrement frappante lorsque les animateurs demandent aux apprenants de formuler leurs attentes pour la formation lors du premier tour de table. Par exemple, après avoir validé la carte intitulée « s'adapter au monde qui change », les apprenants avaient déjà diagnostiqué l'impact de l'automatisation sur les tâches de production comptable, et s'interrogeaient spontanément sur les moyens de mieux accompagner leurs clients à l'avenir.

Un tel format permet donc aux apprenants de se confronter directement aux conséquences pratiques des apprentissages pour leur travail. La journée de formation devient une séance d'échanges et de travail en groupe, plutôt que de transmission passive de contenus. Les retours des apprenants mettent d'ailleurs en avant le caractère interactif de la journée de formation :

  • « Pour une fois qu'on ne lit pas pendant toute la journée des transparents qui nous endorment » - Un participant
  • « Enfin une journée de formation où on a l'impression d'avoir appris quelque chose ! » - Un participant

Se réexercer sur ses compétences trois semaines plus tard pour mieux consolider dans le temps

Mais mieux apprendre grâce à la mise en pratique ne suffit pas : il faut également ancrer les apprentissages dans la durée. C'est pourquoi, trois semaines après la formation en présentiel, les apprenants reviennent sur Didask pour consolider leurs acquis en travaillant sur des exercices basés sur les compétences développées lors de la formation.

Contrairement à la formation initiale sur Didask qui est granularisée par micro-compétences, les séances de travail suite au présentiel mobilisent plusieurs compétences à la fois. Tout comme en situation réelle, les apprenants doivent être capables de mobiliser les bonnes compétences au bon moment. C'est le principe de l'entremêlement (interleaving en anglais) : si l'on prend le cas d'un tennisman, la recherche en sciences cognitives tend à montrer qu'il obtiendra de meilleurs résultats s'il s'exerce à alterner coup droit et revers sur 500 balles que s'il joue 250 balles en coup droit, puis 250 balles en reverse. Pour les comptables, cela peut signifier par exemple qu'ils doivent maîtriser aussi bien les impacts de la transition numérique sur les cabinets que les nouvelles attentes des clients.

Notre formation propose d'entraîner simultanément des compétences différentes pour garantir cet entremêlement. Au final, le schéma global de la formation est le suivant :

Nous avons pu voir comment, pour répondre à un besoin de montée en compétences des collaborateurs des cabinets d'experts-comptables, Didask et Pluriel Consultants ont conçu ensemble un parcours de formation complet dont le déroulement garantit un apprentissage efficace. Cependant, pour avoir un impact à long terme, un dispositif de formation même bien structuré nécessite une réflexion tout aussi poussée sur le séquençage et la forme des contenus pédagogiques en eux-mêmes. Ce sera l'objet de la deuxième partie de cet article.

Business Case
Philip Moore Philip Moore est ingénieur pédagogique, spécialiste de la transformation digitale des parcours de formation. Ancien élève de Sciences Po Paris et de la London School of Economics, son expérience porte sur l'accompagnement au déploiement de pédagogie innovante ainsi que la conception de formations digitales.

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