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Concilier efficacité et bien-être au travail grâce aux sciences cognitives

Par Marie Lacroix

04/04/2018

Avec l'arrivée du digital et l'automatisation d'un grand nombre de tâches, le travail vit aujourd'hui une nouvelle révolution, dont nous faisons tous partie. Désormais, du matin au soir, nous devons capter, traiter, et restituer des informations. Au milieu de ces nouvelles injonctions, se trouve notre cerveau ! Cet organe étonnant, qui a pris plusieurs millions d'années pour devenir une fabuleuse machine à raisonner, est capable de prouesses, mais dispose aussi de certaines limites que le travail vient parfois bousculer : accélération des activités, instantanéité et culture de l'urgence, dématérialisation des échanges, multiplicité des canaux de communication, mise en scène permanente, hyperconnexion digitale, etc. Face à ce constat et à cette tension entre cerveau et travail, comment retrouver l'équilibre cognitif ?

La mémoire de travail : un espace de stockage limité

La mémoire de travail est un de nos systèmes cognitifs les plus extraordinaires. Elle permet un stockage temporaire des informations qui nous parviennent, juste le temps de les analyser et de les traiter (Baddeley, 1992). Ces informations peuvent parvenir de notre environnement (les mots prononcés par mon manager durant une réunion, les lettres que mes yeux parcourent sur un email, un sourire sur les lèvres de mon collègue,...) mais aussi de nos propres pensées. C'est ce qu'il se passe lorsque l'on mène un raisonnement : chaque idée est analysée dans la mémoire de travail puis remplacée par l'idée suivante qui en découle, etc...

Ainsi, la mémoire de travail permet en temps réel de stocker les informations perçues par le cerveau afin que celles-ci soient traitées. Mais attention ! Elle ne peut contenir qu'un nombre limité d’éléments, et durant quelques secondes seulement ! Vous est-il déjà arrivé au cours d'une conversation d'oublier une idée à laquelle vous veniez de penser ? Ou encore que vous ne vous souveniez déjà plus du nom de la première des 5 personne que l'on vient de vous présenter en arrivant chez un client ? Ces situations ont pour point commun une difficulté à enregistrer, analyser, des informations qui nous sont présentées en trop grand nombre (Miller, 1956). Certaines informations pourtant utiles ne tiennent alors plus dans votre mémoire de travail !

La charge cognitive : l'effort mental

Ainsi notre mémoire de travail est limitée, mais bien heureusement un renouvellement permanent des informations qu'elle contient nous permet d'appréhender le monde dans sa complexité, et de manipuler un très grand nombre d'information chaque jour. En revanche, la rapidité avec laquelle nous analysons et traitons ces informations dépend du coût de traitement de cette information. Un peu comme un ouvrier qui doit assembler des pièces en un objet complet : plus il y a de pièces, plus ce sera long et difficile, à moins que l'ouvrier ne connaisse parfaitement le montage ou qu'il ait automatisé un certain nombre de processus. Ce coût cognitif nécessaire au traitement des informations stockées dans la mémoire de travail, c'est ce qu'on appelle la charge cognitive, ou charge mentale (Sweller and Chandler, 1994).

La quantité d’information entrant dans la mémoire de travail et tout élément susceptible de rendre le traitement de ces informations plus difficile, comme l’état de fatigue dans lequel je me trouve, va venir augmenter ma charge cognitive. À l'inverse, une quantité d’information modérée, des connaissances préalables, et tout autre élément susceptible de faciliter son traitement va réduire la charge cognitive.

Selon notre capacité à réguler une partie des sources décrites précédemment, notre charge cognitive peut vite passer de l'équilibre à la sous-charge lorsque les informations sont trop peu nombreuses ou leur traitement trop facile; ou passer de l'équilibre à la surcharge lorsque notre mémoire de travail déborde d'informations trop nombreuses ou trop complexes.

Dans ces deux situations de déséquilibre cognitif, nos fonctions exécutives sont altérées (Braver et al., 1997). Notre cortex frontal, sorte de tour de contrôle de notre cerveau, va alors peiner à exécuter les nombreuses fonctions cognitives qui sont sous sa responsabilité : planification, apprentissage, raisonnement, etc....

Comment réguler ? par une prise de conscience individuelle, collective et organisationnelle

La surcharge comme la sous-charge cognitive sont des états transitoires, que nous vivons tous régulièrement au cours de notre vie. Le problème ? Il survient lorsque l’un de ces états revient de façon continue et répétée dans le temps. Une des clés de performance et de bien-être au travail réside alors dans notre capacité à maintenir un état d'équilibre cognitif.

Mais nous ne sommes pas seuls face aux enjeux d'une cognition équilibrée au travail. Il existe en réalité deux niveaux d’actions. L’organisation tout d’abord, par sa capacité à créer des environnements, des méthodes de travail et une culture d’entreprise, qui prennent en compte les limites de notre mémoire de travail, de notre attention (voir notre article sur l'attention) et de notre fatigue (voir notre article sur la fatigue mentale).

L’individu ensuite doit apprendre à écouter son cerveau et à modifier ses comportements. On appelle cela la métacognition. Comme un sportif le fait avec son corps, l’homme au travail peut détecter les moments ou son attention chute, ou la fatigue mentale survient, et adapter son activité : changer de tâche, faire une (bonne) pause, s’isoler du digital, etc… Mais, au risque de se répéter, cela présuppose bien sûr que l'individu ait une certaine marge de manœuvre sur son cadre de travail !

La clé, qu’elle soit organisationnelle, collective, ou individuelle, réside donc dans la compréhension de notre cerveau, ce fabuleux organe qui régit tout nos comportements, du lever au coucher. Et pour cela, il revient aux organisations de donner les moyens à tout un chacun d’apprendre à écouter son cerveau.

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Sources
  • [1] Baddeley A (1992) Working memory. Science 255:556–559
  • [2] Braver TS, Cohen JD, Nystrom LE, Jonides J, Smith EE, Noll DC (1997) A parametric study of prefrontal cortex involvement in human working memory. Neuroimage 5:49–62
  • [3] Miller GA (1956) The magical number seven plus or minus two: some limits on our capacity for processing information. Psychol Rev 63:81–97
  • [4] Sweller J, Chandler P (1994) Why Some Material Is Difficult to Learn. Cogn Instr 12:185–233
Psychologie cognitive Business Case
Marie Lacroix Spécialiste du sommeil et de la mémoire, elle a travaillé à la compréhension de son architecture. Après une formation à l’ENS, un doctorat à l’ESPCI, et des actions de chef de projet de recherche clinique, elle apporte aujourd'hui son expertise au delà des laboratoires, pour que le sommeil devienne l'affaire de tous.

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