Plus connectés, moins concentrés : comment préserver notre attention au travail

Gaëtan de Lavilléon - Cog'X

Quelles sont les solutions pour préserver nos capacités de concentration et préserver notre attention au travail ?

Vous arrive-t-il de recevoir une notification sur votre smartphone alors que vous êtes en réunion ? De perdre le fil de vos pensées lorsque votre voisin de bureau se met à parler au téléphone ? Ou bien, de penser à aller chercher vos enfants alors que vous travaillez sur un dossier ? Ces situations pourtant banales sont le symbole d’une époque où rester concentré est de plus en plus difficile. La transformation digitale, la multiplication des moyens de communication, l’hyper-connexion, ou encore la démocratisation des open spaces augmentent la fréquence des sollicitations et nuisent à notre concentration. Face à ce phénomène qui touche tous les individus et à toute heure : quelles sont les solutions pour préserver nos capacités de concentration ?

Qu'est-ce que l'attention et à quoi sert-elle?

Commençons par comprendre ce qu’est l’attention. Ce mot fait partie de notre vocabulaire depuis notre plus tendre enfance, quand nos parents nous répétaient sans cesse de « faire attention ». Pourtant, son sens commun n’est pas exactement le même que sa définition scientifique. L’attention, c’est un filtre, qui permet à notre cerveau de faire en permanence le tri entre les choses qui sont importantes et celles qui ne le sont pas [1]. Vous souvenez-vous du chemin que vous avez parcouru sur internet pour arriver sur cette page ? Non ? Alors, vous êtes sûrement en train de vivre ce que l’on pourrait appeler une forme de “dérive attentionnelle”. Ce moment où -de façon souvent involontaire- des éléments extérieurs ou intérieurs (la réception d’un e-mail, une pensée sur la réunion importante de demain, etc.), vous détourne de ce que vous êtes en train de faire pendant plusieurs secondes.
Pourquoi filtrer ? Car le cerveau n'est pas capable de traiter efficacement toutes les informations qui lui parviennent et, plus important encore, d’y donner du sens. Vous est-il déjà arrivé, en lisant un bon roman avant de vous endormir, d'avoir à relire 3 fois une même phrase avant d'en comprendre le sens ? Pourtant, vos yeux ont bien parcouru cette phrase du début à la fin. En étant inattentif, votre cerveau n’a pas pu engager certaines aires cérébrales, qui permettent de comprendre le sens des mots [2]. En d’autres termes, c’est comme si les lettres avaient disparu sans laisser de traces à mi-chemin entre vos yeux et votre conscience, les mots perdant ainsi tout leur sens. C'est parce que l’attention nous permet de sélectionner des informations et de mieux les traiter, qu'elle est essentielle à notre fonctionnement quotidien.

Pourquoi, plus que jamais, devons-nous protéger notre attention ? 

Alors que le travail moderne consiste désormais en grande partie à capter, traiter, et transmettre des informations, il est crucial de pouvoir comprendre le sens de ces dites informations. Mais surtout, dans cette nouvelle ère du big data et de la digitalisation, notre attention est sollicitée en permanence et il lui difficile de résister [3] ! Elle est sous un bombardement incessant d'informations, du lever (où notre premier geste consiste à regarder notre téléphone) au coucher (où nous finissons bien souvent la journée comme nous l'avons commencé, avec notre téléphone).
Le problème, c'est que bien que nous n'en n'ayons le plus souvent pas conscience, notre attention est une ressource limitée. Lorsque notre cerveau doit mobiliser en permanence ses ressources sur plusieurs sources d'informations, nous nous infligeons une double peine : nous serons moins efficaces, et notre cerveau dépensera alors de l’énergie inutilement, augmentant ainsi notre niveau de fatigue (Cf. notre article Reconnaître et limiter la fatigue mentale grâce aux sciences cognitives. Lorsqu'on parle de cognition au travail, l'équilibre entre efficacité et bien-être n'est jamais très loin… On comprend alors aisément que pour mobiliser pleinement et efficacement notre cerveau sur les activités importantes,  il est désormais crucial de pouvoir réguler notre attention.

Attention et concentration au travail : comprendre avec les sciences cognitives

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Comment réguler notre attention ? Par l'expérimentation et le questionnement 

Mais alors, comment préserver notre si fragile attention dans un monde de sollicitations permanentes ? Tout d’abord, les entreprises ont un rôle à jouer en concevant des outils et des espaces de travail qui permettent de réduire au maximum ces sollicitations. Mais les acteurs principaux de la régulation attentionnelle sont les collaborateurs eux-mêmes. Leur premier levier est de comprendre comment fonctionne leur attention et quels sont les éléments qui viennent la fragiliser au quotidien. Ensuite, il s'agit de pratiquer la “métacognition”, qui consistera ici à prendre de la hauteur et à observer ce qui leur fait perdre l'équilibre attentionnel [4]. Cette prise de conscience doit être autorisée, et surtout préconisée par l'organisation elle-même, en fournissant à ses collaborateurs les moyens de connaître et de maîtriser leur attention.
Dans ce monde hyper-connecté, la protection de notre attention passera avant tout par une prise de conscience à toutes les strates des organisations. C’est un prix à payer bien raisonnable pour garantir la qualité du travail et le bien-être des individus.

RÉFÉRENCES

[1]. Desimone R, Duncan J. Neural mechanisms of selective visual attention. 1995 ; Annual Review of Neuroscience. 18:193–222.

[2]. Dehaene et al. Cerebral mechanisms of word masking and unconscious repetition priming. 2001; Nature Neuroscience. 4:752–758.

[3]. Itti L, Koch C. A saliency-based search mechanism for overt and covert shifts of visual attention. 2000 ; Vision Research.; 40:1489–1506.

[4]. Fleming, S. M., Dolan, R. J. (2012). The neural basis of metacognitive ability. Philosophical Transactions of the Royal Society. B, 367(1594), 1338-1349.

 

Pour en savoir plus

Le cerveau attentif. 2011. Éditions Odile Jacob. Jean-Philippe Lachaux.

Le cerveau funambule. 2015. Éditions Odile Jacob. Jean-Philippe Lachaux.

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