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Reconnaître et limiter la fatigue mentale grâce aux sciences cognitives

Par Marie Lacroix

14/03/2018

Si vous lisez cet article, c'est peut-être que vous avez choisi de vous arrêter de travailler pour vous accorder quelques minutes de pause... ou tout simplement que vous cherchez une solution pour réguler ce phénomène de fatigue mentale que vous éprouvez au quotidien sans trop savoir comment l'appréhender. « J'en peux plus de cette journée », « ça me fatigue », « cette réunion m'a épuisé·e ! » ... nous sommes tous régulièrement confrontés à cette sensation de ne plus avoir les ressources suffisantes pour continuer à travailler. Il est alors essentiel d'en comprendre les causes pour identifier les bonnes pratiques à adopter et limiter ainsi ces effets.

Quels sont les signes de la fatigue mentale?

Lorsqu'on se sent fatigué·e, que l'on a les paupières lourdes et des bâillements réguliers, il est facile de se rendre compte que l'on a sommeil et qu'il nous faut dormir. Mais la fatigue mentale est un phénomène très différent de la somnolence, dont les signes sont plus subtils et donc plus difficiles à éviter.

La fatigue mentale correspond à une incapacité temporaire à atteindre ou maintenir une performance cognitive maximale suite à une activité mentale prolongée (Laurent, 2010). En d'autres termes, on met plus de temps à lire, à réfléchir, et un rien perturbe notre attention. Il suffit que vous meniez une activité un peu trop longtemps pour que la fatigue mentale se fasse sentir. Curieusement, elle est avant tout liée à la durée de l'activité, et non à la nature de l'activité elle-même. Que vous traitiez un dossier complexe, appreniez un cours, rédigiez un rapport, écriviez des lignes de codes ou regardiez la télévision, même combat : plus la tâche se prolonge, plus la fatigue s'installe.

En revanche, nous la ressentons différemment lorsque nous faisons quelque chose qui nous plaît (par exemple, jouer aux jeux vidéos), et lorsqu'à l'inverse nous travaillons sur un sujet qui ne nous plaît pas. Plusieurs facteurs expliquent cette modulation ; parmi eux, la motivation. Dans nos hobbies mais parfois aussi au travail, nous avons parfois la sensation de ne pas voir le temps passer, d'être efficaces et concentrés. Ce sentiment de satisfaction vis-à-vis de la tâche elle-même et de notre capacité à la réaliser correctement active notre circuit de la récompense (Boksem & Tops, 2008) et vient compenser temporairement les effets de la fatigue mentale.

Quelles sont les conséquences de la fatigue mentale sur notre cerveau ?

À mesure qu'une tâche mentale se prolonge, la fatigue mentale apparaît et se traduit par une modification de l'activité de notre cerveau. On observe notamment que le cortex préfrontal, notre “tour de contrôle” (notamment impliquée dans notre mémoire de travail et notre concentration) diminue son activité (Persson et al., 2013). Cela a pour conséquence majeure une difficulté à nous concentrer. Notre capacité à sélectionner les informations en lien avec nos objectifs et à ignorer celles qui ne sont pas pertinentes pour la tâche en cours, appelée “filtrage attentionnel”, se détériore avec la fatigue mentale. Incapables de maintenir notre attention sur une tâche, nous devenons donc moins efficaces.

Cet effet est d'autant plus amplifié que les sollicitations sont nombreuses dans notre environnement de travail et notre environnement digital. Notre attention peut vite se faire happer par une conversation ou une notification, et l'effort pour revenir à la tâche en cours contribue à l'installation de la fatigue mentale. Commence alors un cercle vicieux. Plus la fatigue s'installe, plus notre attention se détériore et plus nous sommes susceptibles d'être perturbés par des sollicitations, favorisant ainsi l'augmentation de la fatigue mentale.

Enfin, la diminution de l'activité cérébrale au niveau de notre cortex préfrontal due à la fatigue mentale entraine également une difficulté à prendre de bonnes décisions. Après plusieurs heures d'activité mentale, nous sommes plus impulsifs dans nos décisions : nous choisissons des bénéfices à courts termes plutôt que des bénéfices plus importants à moyens termes (Blain et al., 2016). Ce qui peut parfois avoir de lourdes conséquences...

Comment réguler ? Par l'expérimentation et le questionnement.

Mais alors, comment faire pour éviter la fatigue mentale alors que nous n'arrêtons pas de la journée et qu'il n'y a jamais assez de 24 heures pour tout faire ? En tant qu'individu, il faut d'abord faire preuve de recul sur notre propre fonctionnement. Cette faculté s'appelle la "métacognition", et décrit le fait de réfléchir à ses propres processus mentaux. Au cours de la journée il est alors possible de s'interpeller soi-même : "je ne suis plus efficace, j'aurais déjà du prendre une pause depuis plusieurs minutes". Mieux gérer ses rythmes, adapter la nature et la fréquence de ses pauses pour rester efficace devient alors clé pour éviter l'installation de la fatigue et maintenir son efficacité.

Mais cette prise de conscience doit être accompagnée par un climat favorable dans l'entreprise elle-même. Pour les entreprises, il s'agit donc de concevoir des espaces et des rythmes de travail qui permettent aux collaborateurs de maintenir leur efficacité sur le long terme : encourager les équipes à respecter de vrais temps pour se ressourcer, le soir et le week-end, mais aussi au cours de la journée par des pauses régulières et adaptées. Dans ce contexte où le travail s'accélère et où chaque pause tend à se transformer en traitement de sa boîte mail, il est essentiel de retrouver un rythme favorable à l'efficacité et au bien-être des individus sur le long terme.

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Sources
Efficacité pédagogique Innovation pédagogique Psychologie cognitive
Marie Lacroix Spécialiste du sommeil et de la mémoire, elle a travaillé à la compréhension de son architecture. Après une formation à l’ENS, un doctorat à l’ESPCI, et des actions de chef de projet de recherche clinique, elle apporte aujourd'hui son expertise au delà des laboratoires, pour que le sommeil devienne l'affaire de tous.

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