La certification HAS entre dans son 6e cycle depuis septembre 2025. Son référentiel, resserré autour de 12 objectifs et 118 critères, relève le niveau d'exigence sur des enjeux clés de santé publique.
Pour les établissements de santé, le défi dépasse la conformité documentaire. Il s'agit de prouver que les bonnes pratiques sont ancrées dans le quotidien des équipes, lors de la visite des experts-visiteurs.
Ce guide décrypte le dispositif et propose une méthodologie concrète pour structurer la formation de vos professionnels de santé en amont de la certification.
Qu'est-ce que la certification HAS ?
Une évaluation externe obligatoire pour tous les établissements de santé
La certification HAS est une procédure d'évaluation indépendante imposée par l'article L.6113-3 du Code de la santé publique. Elle concerne tous les établissements de santé en France : hôpitaux publics, cliniques privées, établissements de santé mentale.
Menée tous les 4 ans par des experts-visiteurs mandatés par la Haute Autorité de santé, elle évalue le niveau de qualité et de sécurité des soins. Son objectif : identifier les forces et les points d'amélioration de chaque structure au regard d'un référentiel national.
À l'issue de la visite, quatre décisions sont possibles : certifié avec mention, certifié, certifié sous conditions ou non certifié. Les résultats sont publiés sur le site Qualiscope, accessible au grand public.
Les 3 chapitres du référentiel : patient, équipes, établissement
Le référentiel de certification s'organise en 3 chapitres, chacun décliné en 4 objectifs. Cette architecture reflète une logique systémique : la qualité des soins repose sur l'articulation entre l'expérience patient, les pratiques d'équipe et la gouvernance institutionnelle.
Au total, 118 critères sont répartis en trois niveaux d'exigence : 92 critères standards, 21 critères impératifs et 5 critères avancés (source : HAS, référentiel 2025).
Les 5 méthodes d'évaluation lors de la visite
Les experts-visiteurs mobilisent cinq méthodes complémentaires pour évaluer les pratiques sur le terrain :
- Patient traceur : analyse du parcours d'un patient réel en croisant son vécu et les pratiques des professionnels
- Parcours traceur : évaluation de la continuité et de la coordination des soins sur l'ensemble d'un parcours
- Traceur ciblé : vérification de la maîtrise d'un processus spécifique (médicament, événements indésirables, infections...)
- Audit système : évaluation de la stratégie institutionnelle et de son appropriation par les équipes
- Observation : évaluation visuelle du respect des bonnes pratiques sur le terrain
Chaque méthode exige des compétences spécifiques. Un soignant doit savoir expliquer sa pratique, pas seulement l'appliquer. C'est là que la montée en compétences entre en jeu.
Ce qui change avec le 6e cycle
Un référentiel simplifié mais des exigences renforcées
Le 6e cycle réduit le nombre d'objectifs de 15 à 12 et les critères de 132 à 118. Mais cette simplification ne signifie pas un allègement. Les critères impératifs passent de 17 à 21 et leur rédaction est plus précise (source : HAS, septembre 2025).
Concrètement, les attentes sont plus ciblées et laissent moins de place à l'interprétation. Pour les équipes, cela implique de maîtriser des pratiques très spécifiques plutôt que de se contenter de connaissances générales.
Les nouvelles priorités de santé publique intégrées au référentiel
Le référentiel 2025 intègre de nouvelles priorités qui reflètent les défis actuels du système de santé. Chacun de ces axes représente un besoin de formation identifiable pour les équipes :
- Urgences et parcours non programmé : filières d'hospitalisation directe, coordination avec la médecine de ville
- Psychiatrie et santé mentale : prévention du suicide, pratiques d'isolement et de contention, inclusion sociale (grande cause nationale 2025)
- Santé des femmes et périnatalité : sécurisation de la prise en charge du nouveau-né
- Sécurité médicamenteuse : pertinence des prescriptions d'antibiotiques (critère impératif), lutte contre l'antibiorésistance
- Numérique en santé : cybersécurité, télésanté, dispositifs médicaux numériques intégrant l'IA
Calendrier et modalités pratiques
Les visites réalisées depuis septembre 2025 appliquent le nouveau référentiel. La plateforme Calista reste l'outil de référence pour les échanges entre l'établissement et la HAS.
Un établissement dont la visite est programmée dans les 12 à 18 prochains mois doit dès maintenant s'approprier les évolutions et former ses équipes en conséquence.
Pourquoi la formation des équipes est le facteur clé de la certification
Le piège de la conformité documentaire
Beaucoup d'établissements concentrent leur préparation sur les protocoles écrits, les indicateurs et les tableaux de bord qualité. C'est nécessaire, mais insuffisant.
Les méthodes d'évaluation du 6e cycle (patient traceur, observation) évaluent les pratiques réelles, sur le terrain. Un professionnel qui ne sait pas expliquer pourquoi il applique un protocole sera en difficulté face à un expert-visiteur.
Les compétences concrètes évaluées lors de la visite
Au-delà des connaissances théoriques, les experts-visiteurs observent des savoir-faire opérationnels : capacité à expliquer ses choix (patient traceur), connaissance des circuits critiques (médicament, urgence, transfusion), réflexes de signalement des EIG, communication avec le patient (information, consentement) et coordination en équipe pluridisciplinaire.
Chacune de ces compétences doit être entraînée, pas simplement connue. Le développement professionnel continu (DPC) offre un cadre structuré pour cette montée en compétences.
L'enjeu de la formation à grande échelle
Un établissement peut compter des centaines de professionnels à former sur des thématiques multiples. Activité de soins continue, roulements, gardes, hétérogénéité des profils : les formats classiques (journées qualité ponctuelles, sessions présentielles descendantes) ne suffisent plus.
Comment structurer un plan de formation pour préparer la certification HAS
Étape 1 : cartographier les écarts entre pratiques et critères
Le point de départ est l'auto-évaluation interne, réalisable via la plateforme Calista, croisée avec les résultats du cycle précédent. L'objectif : identifier les axes de formation prioritaires en se concentrant sur les 21 critères impératifs.
Priorisez les thématiques à risque : circuit du médicament, identito-vigilance, droits des patients, gestion des événements indésirables. Un plan de formation structuré permet de transformer cette cartographie en feuille de route opérationnelle.
Étape 2 : concevoir des formations centrées sur les pratiques
L'erreur classique consiste à présenter le référentiel sous forme de diaporamas. Or les sciences cognitives démontrent que l'apprentissage est efficace quand il confronte l'apprenant à des situations proches de son contexte réel (Roediger & Karpicke, 2006).
Privilégiez les mises en situation : simulation de patient traceur, cas pratiques de signalement d'EIG, scénarios d'observation. Le feedback personnalisé après chaque exercice renforce l'ancrage des bonnes pratiques.
Étape 3 : déployer à grande échelle sans désorganiser l'activité
La formation en ligne asynchrone couvre les fondamentaux, libérant du temps présentiel pour les ateliers pratiques. Le micro-learning permet des rappels réguliers, compatibles avec les contraintes de planning des soignants.
L'adaptive learning personnalise les parcours selon le niveau et le profil de chaque professionnel. Un LMS adapté permet de toucher tous les services sans imposer les mêmes sessions à tout le monde.
Étape 4 : mesurer la montée en compétences
Suivez des indicateurs précis : taux de complétion par service, scores aux mises en situation, évolution des auto-évaluations. Croisez ces données avec les critères impératifs pour disposer d'un tableau de bord de la maturité qualité avant la visite.
Les erreurs fréquentes dans la préparation de la certification HAS
Lancer la préparation trop tard
Six mois avant la visite, il est trop tard pour ancrer durablement les bonnes pratiques. L'ancrage mémoriel, tel que décrit par les travaux d'Ebbinghaus sur la courbe de l'oubli, nécessite de la répétition espacée dans le temps.
Commencez idéalement 18 à 24 mois avant la date prévisionnelle de visite. Ce délai permet de former, de consolider et d'ajuster avant l'évaluation.
Former uniquement les référents qualité
La certification évalue toutes les équipes. Lors d'un patient traceur, un expert-visiteur peut interroger n'importe quel professionnel impliqué dans la prise en charge. Les référents qualité ne seront pas les seuls interlocuteurs le jour de la visite.
La formation doit toucher l'ensemble des soignants et personnels d'appui, de l'aide-soignant au médecin, en passant par les équipes administratives et techniques.
Confondre information et formation
Envoyer le référentiel par mail n'est pas former. Lire un protocole n'est pas savoir l'appliquer.
Conclusion
Le 6e cycle de certification HAS élève le niveau d'exigence. Référentiel resserré, critères impératifs renforcés, nouvelles priorités de santé publique : les établissements n'ont plus le choix de repousser la préparation.
La qualité des soins se joue dans les pratiques quotidiennes des équipes, pas dans les classeurs. Investir dans une formation structurée, adaptée aux contraintes du terrain et mesurable, est le meilleur levier pour réussir la visite et améliorer durablement la prise en charge des patients.





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