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Handicap au travail : déconstruire les préjugés grâce à la formation

Par Son Thierry Ly

24/04/2018

Comment faire de la différence une force ? La parole est donnée au président de Lemon Adds, cabinet de conseil accompagnant les entreprises dans la structuration de leurs richesses humaines. L’objectif de cette structure innovante est d’améliorer l’égalité des chances en entreprise et plus particulièrement pour les personnes en situation de handicap. Dans cet interview, Nicolas revient sur les enjeux de l'inclusion en entreprise et sur sa collaboration avec Didask pour créer Zest, la première e-sensibilisation dédiée au handicap au travail.

Quels sont les enjeux actuels des grandes entreprises dans la mise en place une politique handicap & diversité efficace ?

Nicolas Planty - Si l'on s'en tient aux grandes entreprises, on peut aujourd'hui dire qu'elles sont plutôt expertes sur le sujet, la plupart d'entre elles s'étant dotées d'une mission handicap depuis une dizaine d'années déjà. Pour autant, leur expertise - aussi bonne soit-elle - ne permet pas de booster l'employabilité des personnes en situation de handicap. 512 000 personnes handicapées sont au chômage soit près de 20% d'entre elles, ce qui équivaut au double du taux de chômage national.

Je ferais la distinction entre leurs enjeux structurels et leurs problématiques du moment. Les grandes entreprises auront toujours en tête de sensibiliser le collectif de travail afin que l'embauche de personnes en situation de handicap ne soit plus une expérience rare - réussie ou non d'ailleurs - mais une démarche parfaitement banale, au même titre que l'embauche de personnes ordinaires - là aussi, réussie ou non d'ailleurs. Il s'agit d'un enjeu à la fois actuel et permanent qui, selon Lemon Adds, reste le plus important : inculquer dans les esprits de toutes et tous la normalité de la différence.

Mais les grandes entreprises, je le disais au début, embauchent depuis longtemps déjà des personnes en situation de handicap. L'enjeu du moment qui nous paraît le plus déterminant touche au maintien dans l'emploi :

  • 1. Assurer pour ces personnes un développement de carrière cohérent, gérer l'inaptitude au poste initialement occupé par exemple, survenue soit du fait du handicap de la personne, soit du fait de l'entreprise elle-même (fermeture de sites, rationalisation de l'outil de production, émergence de nouveaux métiers numériques non accessibles, etc.).

  • 2. Maintenir également dans l'emploi des personnes qui, du fait de leur âge par exemple, vivent une situation de handicap. Je rappelle que 85% des handicaps surviennent au cours de la vie.

Nous pouvons également évoquer la reconnaissance de qualité de travailleur handicapé. Il s'agit d'une spécificité franco-française certes, mais au cœur des préoccupations des grandes entreprises : instaurer en leur sein un climat de confiance afin de pouvoir donner aux personnes en situation de handicap qui ne souhaitent pas forcément mener cette démarche les mêmes chances de réussir que leurs collègues.

Quels sont les leviers pour changer les pratiques et transformer les processus de ces entreprises ?

N.P. - Je l'ai évoqué précédemment, donc vous ne serez pas surpris si Lemon Adds invoque, encore et encore, la sensibilisation. Nous ne parlons pas ou plus de formations standard souvent perçues comme une contrainte ou bien encore dispensées afin de diminuer autant que possible une contribution AGEFIPH de plus en plus pesante. Non, il s'agit de sensibiliser afin que la différence soit acceptée au sein des grandes entreprises. Depuis 4 ans, nous nous rendons compte que la composante "diversité" la plus évidente à aborder en entreprise est le handicap. Côté employeur d'abord, parce qu'une loi les amène de facto à s'y pencher. Mais également du côté des collaborateurs, dans la mesure où tout le monde est confronté de manière proche ou plus lointaine à une situation de handicap.

Sensibiliser toute l'entreprise, je dis bien toute, au handicap au travail permet petit à petit de changer les pratiques, de revoir son process de recrutement, de réaliser à quel point le handicap est partout dans la société (près d'un cinquième de la population française), etc. Il ne s'agit pas d'imposer aux collaborateurs des formats de sensibilisation magistraux mais bien de s'employer à les faire participer. Nous croyons qu'une des clefs pour réussir ces sensibilisations réside dans la construction de modules qui adoptent une posture sociétale : montrer non pas forcément le handicap au travail mais parler de situations de handicap quotidiennes en s'appuyant sur des scènes que la plupart des personnes vivent (amener le matin ses enfants à la crèche, faire de la barque sur un lac, voyager, etc.).

Le deuxième levier que j'évoquerais, au-delà de l'apprentissage, consiste à déconstruire les préjugés. Il s'agit du plus gros frein à l'émergence d'une société où tout le monde a sa place : ces appréhensions que nous nous infligeons du simple fait des jugements que notre environnement nous ont amené à porter sur l'autre, le différent. Il s'agit d'une véritable plaie et particulièrement dans notre beau pays. Lemon Adds se positionne en B to B et nous savons bien qu'il reste du travail. En fait, il s'agira d'un travail à l'infini dès lors que nos enfants continuent de vivre les uns à côté des autres et non les uns avec les autres. Mais c'est autre un débat...

Pourquoi avoir choisi de collaborer avec Didask ?

N.P. - La première rencontre avec Didask date de mai 2017. Nous avions alors depuis plusieurs mois acquis la certitude qu'il fallait offrir aux entreprises, grandes, moyennes et petites, des formats de sensibilisation ludiques, efficaces et ancrés dans leur temps. Les formations présentielles que nous dispensions s'essoufflaient et ne se révélaient pas aussi efficaces que nous l'imaginions. Nous pensions alors rencontrer de nombreuses sociétés proposant des solutions d'e-learning. Mais en réalité, travailler avec Didask s'est imposé à nous comme une évidence : au-delà de l'équipe très compétente qui nous a accompagné dans la réalisation de Zest, les piliers de Didask qui nous ont été dévoilés correspondent en tout point à ce que nous recherchions : faire participer l'apprenant afin qu'il retienne ce qu'il a pu voir, lire ou entendre. Et, le faire participer de manière répétitive, à l'envie, sans que cela ne soit jamais une contrainte avec des outils modernes et des questions d'un niveau de difficulté bien calibré : ni trop facile, ni impossible.

Nous n'avons donc pas cherché à mettre en concurrence Didask pour Zest et bien nous en a pris : l'outil est disponible, en cours d'apprentissage dans l'un des fleurons de l'industrie française pour toucher 30 000 collaborateurs sur les trois prochaines années. Cerise sur le gâteau, Didask partage les valeurs de Lemon Adds et cherche aussi à participer à son niveau à l'émergence d'une société plus juste et fraternelle.

Business Case
Son Thierry Ly Son Thierry Ly est chercheur et entrepreneur. Il a conçu l’idée de la plateforme Didask et de sa méthode d’apprentissage à partir des travaux de la recherche en psychologie cognitive. Il enseigne et conduit des travaux de recherche sur les politiques éducatives à l’Ecole d’économie de Paris. Il a travaillé en tant qu’expert éducation pour France stratégie, un think tank public rattaché aux services du Premier Ministre, pour lequel il a rédigé le rapport « Quelle finalité pour quelle école ? ». Très engagé dans la lutte contre les inégalités scolaires, il a fondé et a dirigé pendant 8 ans les programmes de l’ENS Ulm en faveur de lycéens issus des milieux populaires, qui lui ont apporté une forte expérience en ingénierie pédagogique. Son Thierry Ly est ancien élève de l’ENS Ulm et titulaire d’un doctorat en économie de l’éducation de l’ENS Ulm.

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